Romans & Nouvelles

13 x 21 cm • 212 pages
ISBN 979-10-96596-00-3
16.50  • Parution le 22/05/17

Histoire de douze heures
François Bonjean

Collection l’Ami retrouvé

Voici une œuvre d’un caractère exceptionnel, une œuvre née de la guerre, nourrie de sa douleur, brûlée de ses passions, portée d’un bout à l’autre par son rythme forcené ; et cette œuvre ne présente aucun tableau de guerre, point de combats, point de sang, point de gloire, point de souffrance physique, presque aucun événement. Cependant, j’ose dire qu’il n’est pas un des grands livres inspirés par la guerre (je n’excepte même pas les chefs-d’œuvres de Barbusse et de Latzko) où se répercute avec de plus profonds échos le cataclysme de l’âme européenne.

Tout se passe dans l’âme. Comme le dit un des personnages, « la conscience est ici le véritable champ de bataille ».

Le drame qui s’y joue est la tragédie de la pensée d’Occident…

Romain ROLLAND

Coup de coeur !

« A 80 pages du livre, je ne le lâche plus. Quelle vigueur et quelle pénétration des êtres et des situations ! »

Jean-Louis Kuffer, écrivain, critique littéraire (blog : Carnet de JLK)

François Bonjean

François Bonjean est un écrivain français, philosophe orientaliste, né à Lyon le 26 décembre 1884 et mort à Rabat le 22 mai 1963. Grand voyageur, fasciné par l’Orient, dont la spiritualité le préoccupa et le nourrit, ami de Romain Rolland, d’Henri Bosco, de Jules Roy qui parle de lui comme « le père de tous », il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages.

Ils en parlent...

Les lecteurs

Avis

  1. Une « dispute » à plusieurs voix dans le huis clos d’un camp de prisonniers français en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. Les amateurs d’idées fortes et de belle langue ne seront pas déçus. Éric Auzoux, traducteur littéraire

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Sur le net

BONPOURLATÊTE

LA CHRONIQUE DE JLK

 

En quête d’une Europe plus humaine

 

12 juillet 2017, par JLK

 

Trois aperçus d’une recherche de l’Europe perdue : un formidable roman oublié, Histoire de douze heures, écrit il y a un siècle par François Bonjean et réédité ces jours; le mythique Proust contre la déchéance, recueil des causeries du peintre polonais Joseph Czapski à ses compagnons de captivité dans un camp soviétique; et le nouveau recueil du poète romand Antonio Rodriguez, Après l’Union, revenant sur les traces de deux guerres mondiales et d’un génocide. Avec une Europe plus humaine en point de mire…

 

Il y a quarante de ça, jeune journaliste collaborant à l’hebdomadaire Construire, j’interrogeai Denis de Rougemont à propos du terrorisme de ces années de plomb. Je me souviens que certains des lecteurs de mon entretien avec le grand Européen avaient été choqués par ses propos manifestant l’effort de comprendre l’action des desperados de la Rote Armee allemande et des Brigades rouges italiennes.

Pour ma part, ce que j’ai surtout retenu de cette rencontre, c’est la véhémence avec laquelle Denis de Rougemont me dit que l’Europe de ses vœux n’était pas celle des Etats-nations regroupés en fédération  de nantis, mais l’Europe des cultures. De quoi faire ricaner les gens sérieux, non mais ! Et quelques années plus tard, le même Rougemont, dans L’avenir est notre affaire, aggravait son cas en plaçant l’écologie au cœur de sa réflexion. Nouveau tollé des gens raisonnables !

 

Or c’est à Denis de Rougemont, qu’un Malraux considérait comme l’un des penseurs les plus clairvoyants de l’époque, que j’ai pensé en découvrant ces jours un roman réédité après des années d’oubli total, écrit en 1917 par un prisonnier français dans le camp de représailles de Grafenwöhr, en Bavière, confisqué par les Allemands et réécrit de mémoire en 1918.

Prodige de la mémoire humaine : réécrire, contre l’oubli, cette magnifique Histoire de douze heures ques Romain Rolland, autre défenseur de l’utopie européenne, considérait comme l’un des plus importants ouvrages inspirés par la guerre sans qu’une page n’y soit consacrée à aucun fait d’armes.

 

En relevant le détail significatif que constitue le dernier mot du roman – le mot Beauté -, Romain Rolland conclut son avant-propos de 1921 en ces termes: « La guerre pour la Liberté, qui a ajouté aux vieilles servitudes tant d’asservissements nouveaux, a du moins, en ceci, tenu ce qu’elle avait promis : qu’elle a (bien malgré elle) fait durement acheter à quelques fortes âmes la libération totale. Elle a forgé des hommes au regard intrépide, sur qui ne pèse plus aucun des mensonges du passé. »

 

Intermède polonais

 

Avant de présenter les « hommes au regard intrépide » du roman de François Bonjean, le rappel d’un autre témoignage « contre l’oubli » me semble opportun, évoquant à merveille ce que Denis de Rougemont entendait par l’Europe des cultures. Cet autre livre s’intitule Proust contre la déchéance et rassemble les exposés que le peintre polonais Joseph Czapski fit de mémoire, des années après avoir lu À la Recherche du temps perdu, à ses compagnons de captivité du camp soviétique de Grazowietz dont la plupart furent massacrés à Katyn. Ainsi, pour ne pas céder au désespoir ou à l’avachissement, les prisonniers polonais des camps soviétiques de Starobielsk et de Grazowietz entretenaient-ils leur moral avec des conférences improvisées de toute sorte, sur des thèmes scientifiques ou artistiques, historiques ou littéraires.

 

Le souvenir de Joseph Czapski m’est revenu en lisant Histoire de douze heures, dont les personnages, dans le froid et la promiscuité souvent mesquine, parlent de ce qui les empêche de déchoir, et je me suis rappelé cette réponse que le peintre exilé à Paris me fit quand, un jour, dans son atelier de Maisons-Lafitte, je m’étonnai du fait que nulle aigreur ni désespoir ne plombaient un autre de ses livres intitulé Terre inhumaine – premier témoignage d’une enquête qu’il mena en Union soviétique après la disparition de milliers d’officiers et d’étudiants polonais, et premier document sur le goulag – , à savoir qu’il avait été moins malheureux dans les camps de concentration, où se révélait la fraternité des hommes partageant les pires conditions de vie, qu’à ses vingt ans où le poignait son premier chagrin d’amour…

 

Frères humains au cabanon

 

Grand débat sur la guerre et les sacrifices qu’elle impose au nom de causes apparemment très nobles, et non moins équivoques ou mensongères en réalité, Histoire de douze heures n’a rien d’abstrait ou de verbeux pour autant.

Dès la première page s’y impose, dans un cabanon mal chauffé par un poêle à bois où s’entassent une dizaine de prisonniers, la présence intense de quelques personnages fortement trempés par l’expérience du front, amis parfois mais souvent opposés voire adversaires réglant leurs litiges à coups de poings.

Le premier à paraître est le peintre Mirieux, venu d’une baraque voisine arrangée en atelier, qu’il partage avec le sculpteur Rulle. Soit dit en passant, la trace du modèle de celui-ci peut se retrouver sur Internet sous le nom de Frédéric Stoll, et les images d’archives du camp de Grafenwöhr complètent le témoignage du roman de façon saisissante.

Or Mirieux, artiste de ce début de siècle qu’on pourrait dire aussi proche de l’Eltsir de Proust que du Polonais Czapski débarquant à Paris dans le Montparnasse de Picasso et compagnie, a trouvé un frère de sensibilité en Sévrier, protagoniste génial du roman, mélange de sage réaliste faussement cynique et de poète de l’amour courtois délicat à l’extrême – probablement le plus proche porte-parole de François Bonjean lui-même.

Autour de ces deux nobles figures d’une sorte de chevalerie douce gravitent plusieurs personnages représentatifs d’une France toujours actuelle: tel le militaire de carrière Daignières, surnommé le Tigre, ancien du Tonkin se réclamant de la loi de la jungle pour défendre l’honneur de la France contre l’ « ignoble peuple », et se lançant dans une diatribe d’une folle verve contre les « traîtres » raisonneurs ou pacifistes, alors que l’Alsacien Kolb, ingénieur refusant ce discours de haine, en appelle à une réconciliation des nations qui n’humilierait aucune partie ; ou voici le géant Sidi à la fidélité scellée par la camaraderie du front, le dandy sportif de Bleumont qui plaide pour les solutions pragmatiques, ou le gigolo parisien surnommé la Choute qui a lui aussi mûri au feu des combats.

 

Au fil des conversations très ancrées dans la vie concrète des prisonniers – même en douze heures le microcosme foisonne de détails cocasses ou touchants -, toute une humanité contrastée se profile alors où positions humaines et postures de circonstance s’opposent sans identification politique  ou idéologique explicite, même si les souverainistes style Action française et les démocrates d’une alliance européenne à venir se distinguent bel et bien.

Ainsi que le souligne Romain Rolland, cette Histoire de douze heures baigne dans une atmosphère évoquant une sorte de rêve éveillé, à la fois hyper-réel et très poétique. Loin de la jactance binaire, le roman préfigure les grande fresques des Thibault de Martin du Gard ou des Hommes de bonne volonté de Jules Romains, dans un espace concentré d’une extrême vivacité. Et quelle beauté !

 

Un génie conciliant

 

À un siècle de distance, nous pouvons mieux apprécier la justesse profonde des vues de Sévrier-Bonjean sur la guerre, l’impasse des idéologies nationalistes ou totalitaires, la vraie démocratie fondée sur la noblesse des personnes, mais aussi le sempiternel auto-dénigrement à la française, le snobisme futile en matière artistique ou littéraire, la vanité des grandes idées et le prix des plus humbles réalités de la vie – ce qu’on pourrait dire la poésie du « profond aujourd’hui » cher à Cendrars, et ce qu’on pourrait appeler l’amour en Occident pour citer un autre livre fondateur de Denis de Rougemont.

Dans l’espèce d’avertissement rageur dont il avait le secret en éternel révolté, le poète et romancier marocain Driss Chraïbi écrit à propos de François Bonjean: « On en arrive à oublier l’essentiel, à savoir que la littérature n’est rien d’autre qu’un moyen de communication et de compréhension entre les hommes, et la France en est arrivée à oublier un de ses plus grands génies ».

C’est l’occasion de rappeler  que l’auteur d’Histoire de douze heures, né à Lyon en 1884 et mort à Rabat en 1963, fut un éminent connaisseur de la culture arabo-musulmane et, à ce titre, un médiateur important des relations entre la France et l’islam. Autre symbole de rapprochement vivifiant, qui nous rappelle aussi l’accointance de Romain Rolland avec la culture indienne: le fait que nous devions la réédition du roman de François Bonjean à une petite maison parisienne spécialisée en matière de littérature orientale, à l’enseigne du Banyan.

 

L’amour sur les champs de ruines

 

Et nous là-dedans ? Que dire et comment après deux guerres mondiales et autant de génocides ? Au lendemain de la Shoah, le philosophe allemand Theodor Adorno concluait à l’indécence, voire à l’impossibilité de toute poésie après Auschwitz, alors que celle-ci ne cesse de refleurir sur tous les charniers depuis la nuit des temps. Ainsi la mémoire des camps nazis ou du goulag survit-elle aussi par les écrits de témoins directs, tels Primo Levi ou Paul Celan, Joseph Czapski ou Alexandre Soljenitsyne, comme celle du génocide des Indiens d’Amérique, lors de la Conquista très-chrétienne, nous a été restituée par le moine Bartolomé de las Casas, entre tant d’autres.

 

Le mot Beauté conclut le poème final de l’Histoire de douze heures, dédié par François Bonjean à ses camarades de détention, et ce mot irradie pareillement la suite de litanies constituant Après l’Union, nouveau recueil d’Antonio Rodriguez, poète romand d’origine espagnole qui se réclame ici d’une « poésie continentale ».

Si Rodriguez se défend de traiter un « sujet à littérature », après tant d’autres témoins, c’est bel et bien sur les traces d’un Imre Kertesz que le poète se rend à travers la forêt polonaise des bouleaux embrumés, pour y célébrer des « noces en Birkenie » avec celle qui enfantera (pour ainsi dire…) l’Europe à venir, afin que « l’espèce surmonte l’espèce ».

De Dante à François Bonjean (qui cite d’ailleurs L’Enfer en exergue) et Antonio Rodriguez, l’on constate que les vrais poètes ne perdent rien de leur esprit d’enfance et de leur crânerie candide: le monde crame dans les cercles infernaux, et moi, rossignol, je chante perché sur mon barbelé !

Ainsi Antonio Rodriguez, prof de lettres lausannois revenu récemment d’un congrès de poésie à Boston (si, si !) ose-t-il écrire que « nos noces furent à Oswiecim », avant de faire observer à sa douce que « les hommes brûlent comme un charbon sensible », et de remarquer, à la suite du déporté Kertesz revenu à Auschwitz, que certaine odeur persiste en ces lieux (l’expression « es schmelt Schwein » resurgit aussi bien…), modulant une prose poétique très cadencée, voire incantatoire, qui rappelle quelque kaddish en autre écho à celui d’Imre Kertesz.

Sur quoi, des plages normandes d’Omaha dont le silence retentit encore des cris de milliers de jeunes gens tombés ce matin-là au nom de notre liberté sous les balles allemandes, le poète envoie, à sa muse venant d’enfanter, ses cartes postales de nouvel « Orphée des ruines » doutant de tout sauf de la vie qui continue, et relançant ensuite son murmure de poète dans les collines de Verdun…

 

Un siècle après le rêve éveillé de François Bonjean qui avait alors trente-trois ans, Antonio Rodriguez, qui en a quarante-quatre. écrit « j’étouffe avec toi d’amour et de rêve (…), tu es l’Europe née de la Grèce (…), je songe à tes plages du Sud, à ton Europe rêvée qui naît de mon Europe des cendres (…), nous parcourons le continent et son union déçue, belle Union perdue, jamais obtenue, nous voici remontant la généalogie, sans étoile jaune portée, nous les témoins muets », etc.

Hier c’était donc  à Birkenau, puis à Omaha Beach et à Verdun, et ce fut le début d’un nouveau siècle, un enfant vint au monde et finalement c’est un dimanche en temps de paix où « les enfants courent près du cerisier », alors le poète de conclure au « prologue d’une autre époque ».

Reste aussi bien à dire l’Europe désunie et le temps des nouveaux replis nationalistes, de l’incurie atroce d’une Europe impuissante ou cynique face à la crise migratoire – reste à dire l’inhumanité de cette autre guerre sans armes.

Rompant avec le ronron cotonneux d’une certaine poésie romande diaphane, spiritualisante ou précieuse, Antonio Rodriguez a détonné dès son premier recueil, En la demeure du monde, par son retour aux choses de la vie et des gens, relancé de façon plus impétueuse dans les stances de Big Bang Europa, premier élément d’un triptyque.

Reste cependant au poète d’Après l’Union d’affirmer plus explicitement sa quête d’Europe sauvée des démons, comme le Polonais Adam Zagajewski, le Libanais Adonis ou le Palestinien Mahmoud Darwich affirment, en poètes, leur quête d’humanité et de Beauté…

 

Chronique « Bon pour la tête »

https://bonpourlatete.com/culture/en-quete-d-une-europe-plus-humaine

 

François Bonjean. Histoire de douze heures. Éditions Banyan, 2017.

Joseph Czapski. Proust contre la déchéance. Noir sur blanc, 2016. Terre inhumaine, L’Age d’Homme, 1991. 

Antonio Rodriguez. Après l’Union. Tarabuste, 2017.

 

Dans la presse

« Une Histoire de douze heures se présente comme un roman d’idées, constitué par les conversations échangées entre des prisonniers français dans un camp en Allemagne. Le camp est pour eux l’ascèse que la guerre a pu être pour d’autres. La crise de conscience qui bouleverse les personnages conduit les plus lucides d’entres eux à mettre tout en doute, car ils s’aperçoivent de la mystifications énorme qui dissimulent les abstractions d’école ou de tribune. Il ne s’agit pas seulement là de la guerre et de ses justifications. C’est l’ensemble de la vie et des croyances ou des illusions, sur lesquelles elle s’appuie qui vise cette crise de lucidité. »

Éliane Tonnet Lacroix
Après-guerre et sensibilités littéraires, 1919-1924

***

Recension Revue EUROPE n° 1063-1064 / novembre-décembre 2017

 

François Bonjean : Histoire de douze heures. Préface de Romain Rolland

(Éditions Banyan, 16,50 €).

Collaborateur d’Europe dès les premières années, notamment par des chroniques consacrées à Sylvain Lévi (L’Inde et le monde), René Guénon (Le Roi du monde) ou Shalom Anski (Le Dibbouk), François Bonjean (1884-1963) publie en 1921 chez Rieder, également éditeur de la revue, Histoire de douze heures, dans la collection « Prosateurs français contemporains ».

Le nombre de témoignages et de romans sur la Grande Guerre parus dans les années vingt n’est pas la seule explication du modeste succès public du livre. À la lecture du manuscrit que lui avait adressé le sergent François-Joseph Bonjean, depuis Berne où il était interné après quarante-six mois passés dans un rude camp de prisonniers en Allemagne, Romain Rolland avait été « extrêmement frappé » par la « concentration fiévreuse » qui en émanait. Or, cette qualité, si elle ne pouvait qu’aller droit au cœur du militant de la cause de l’« indépendance de l’esprit », ne correspondait pas à l’attente générale d’hommage aux combattants, auquel même Le Feu de Barbusse, sous-titré Journal d’une escouade, n’échappait pas. D’autant qu’un certain nombre d’autres traits renforçaient la trop grande singularité du livre, intitulé Impasse par son auteur, titre refusé par l’éditeur.

L’intensité de la dispute de douze heures à laquelle se livrent six incarnations on ne peut plus diverses de la masculinité de l’époque dans la « carrée » du camp ; la complexité des vues de ses participants auxquels pourrait s’appliquer peu ou prou ce que l’un dit d’un autre : « âme rompue à tant de contradictions, de doute, endurcie à voir les choses humaines s’organiser selon une perspective mouvante, capricieuse, périssable » ; la concision des portraits, la rareté des descriptions enfin, confèrent au texte une densité à côté de laquelle ne pouvait que passer une France aussitôt réinvestie dans son histoire politique et nationale, ne prenant pas le temps de se pencher sur son âme.

Histoire de douze heures, toutefois, marquera certains esprits, tel celui de Jacques Robertfrance. Né en 1897, de son vrai nom Raymond François, celui-ci est entré juste après la guerre — à laquelle il a participé — aux éditions Rieder. Il y exercera diverses fonctions, notamment celle de directeur littéraire, puis, à partir de 1927, de secrétaire de la rédaction d’Europe. Dans une chronique publiée dans le numéro de la revue daté du 15 janvier 1925 et consacrée au livre récemment publié par le fils de Maurice Barrès, Philippe, La Guerre à vingt ans, Robertfrance évoque en rapprochant leurs auteurs Histoire de douze heures de Bonjean et Avant les Olympiques de Montherlant, « hommes encadrés dans une morale souveraine, et en cela si différents d’un Barbusse […] ». Avant de revenir sur Barrès dont il éreinte entre autres le « lyrisme de la boue », Robert France a cette phrase, qui pourrait être extraite du livre de Bonjean : « La question est de savoir si le bien créé par la guerre, même dévoré par le mal, la paix ne doit pas l’utiliser pour sa grandeur et son maintien. Et l’on voit bien qu’il faut d’abord sortir de la guerre, si l’on veut que réponse soit donnée à ces questions, qu’il faut poser la paix, et dans l’éternité. »

Après des expériences riches en échanges lors des mercredis du Dr Tony Grangier ou des vendredis à son initiative, François Bonjean poursuivra sa quête de paix dans l’éternité en entrant dans un dialogue vivant avec les Orients, en Égypte d’abord puis au Maroc où il passera le reste de sa vie, exception faite d’un voyage en Inde (1944-1946) marqué par sa rencontre avec Sri Aurobindo.

« Mon cœur volait littéralement vers les choses et les gens » se rappelle Bonjean dans une lettre écrite à la fin de sa vie, à propos de son arrivée en Égypte, en cela héritier de Sévrier, ce personnage animé de « rage de substance », qui, en dépit de l’univers concentrationnaire de la chambrée, emballe la fin de la joute constituant Histoire de douze heures. Romain Rolland a vu juste une nouvelle fois lorsqu’en réponse à l’envoi de son manuscrit, il conclut sa lettre à Bonjean par cette phrase : « Tout l’intérêt est dans la pensée, mais il est supérieur. »

Éric AUZOUX