Romans & Nouvelles

13 x 21 cm • 230 pages
ISBN 978-2-9552868-9-0
19.60  • Paru le 04/03/17

Le Pèlerinage d’argent
Anantanarayanan

Traduit de l’anglais par Éric Auzoux

Au prince Jayasurya manque une qualité essentielle pour régner : la capacité à s’émouvoir. Son père, le roi Simha, décide donc de l’envoyer en pèlerinage à travers l’Inde, sans viatique ni escorte. Accompagné de son jeune ami Tilaka et d’un chapelain peu orthodoxe, il sera tour à tour prisonnier d’une bande de brigands, invité d’un roitelet mélomane, confident d’un marchand ayant découvert une bien curieuse civilisation puis d’un thérapeute aux méthodes annonçant celles d’un certain médecin viennois, pris à parti lors d’une joute entre adeptes de Vishnou et de Shiva, mais aussi témoin des ravages du choléra…

Lors de sa parution, le grand critique Harvey Breit jugea ce « Candide » indien « doté d’une luminosité particulière », faisant ainsi sortir de l’ombre son auteur, M. Anantanarayanan (1907-1981), issu de cette génération d’écrivains à la curiosité insatiable injustement occultés par la stature imposante des leaders du combat pour l’Indépendance.

 

Coup de coeur !

« livre-hapax d’un humour à géométrie variable »
Jean Echenoz – ÉcrivainPrix Médicis en 1983 et prix Goncourt en 1999.

« Ce livre extravagant d’érudition et d’ironie cruelle fait partie des anthologies de la fiction anglophone indienne, où il occupe une place à part. »
Catherine Clément, essayiste, philosophe et romancière

Ce livre est disponible dans les librairies suivantes :

Fenêtre sur l’Asie
49 rue Gay-Lussac
75005 Paris
Tel. : 01 43 29 44 74
http://www.fenetresurlasie.com/

Libralire
116, rue St Maur
75011 Paris
Tel. : 01 47 00 07 01
http://www.libralire.fr/infosprat.php

 

Anantanarayanan

Anantanarayanan est le fils de Madhaviah, auteur du roman pionnier de la littérature tamoule, Padmavati (1898). Après des études à Madras et à Cambridge, il endosse la carrière de magistrat. Homme aux multiples centres d’intérêt, comme en témoigne Le Pèlerinage d’argent, on lui doit aussi une pièce en un acte consacrée au prince Siddharta, une traduction en anglais de l’Upadesa Undiyar de Ramana Maharishi ainsi qu’une série de contes soufis dont l’héroïne est une enfant.

Ils en parlent...

Les lecteurs

Avis

  1. Absolument merveilleux.

  2. Un très beau livre, magnifiquement écrit (et traduit), un vrai conte philosophique, avec de purs moments de poésie ; il m’aura beaucoup appris.
    Bee Formentelli, traductrice

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Sur le net

« Le Pèlerinage d’Argent » est incontestablement un roman qui marquera les esprits. Il permet en outre à soutenir une petite maison d’Éditions et de prendre conscience de l’excellent travail de traduction entrepris par Éric Auzoux. Blog Atavasi, Véronique Atavasi.

Anantanarayanan – Le Pèlerinage d’argent

 

Quoi de mieux qu’un voyage pour découvrir le monde, faire des rencontres et se trouver soi-même. Blog Sur la route de Jostein.

Le pèlerinage d’argent – Anantanarayanan

 

Dans la presse

La Croix. Jeudi 13 juillet, vendredi 14 juillet 2017

Livres Et idées

 

Dans une Inde médiévale mais bien réelle, les aventures burlesques et philosophiques d’un jeune prince incapable de s’émouvoir et qui doit guérir de ce mal s’il veut monter sur le trône.

Dans une Inde médiévale mais bien réelle, les aventures burlesques et philosophiques d’un jeune prince incapable de s’émouvoir et qui doit guérir de ce mal s’il veut monter sur le trône.

Au royaume de Lanka (Ceylan) vit Jayasurya, un prince atteint d’un mal qui défie les médecins les plus érudits mandés à son chevet : l’indifférence à l’égard de son prochain. Un défaut majeur qui l’empêche de succéder à son père.

Tout à son désespoir, le vieux roi Simha envoie donc son fiston en pèlerinage à Kashi (Bénarès), la ville sacrée du nord de l’Inde. À pied, comme un simple voyageur mais accompagné du fidèle Tilaka, l’ami du prince.

 

Une succession de rencontres burlesques

Les deux compères seront bientôt rejoints par Valli, une jeune fille pauvre épousée à la hâte par Jayasurya, et Purohita, un brahmane déclassé et protecteur de Valli.

En remontant le long du continent indien, cette petite troupe hétéroclite va vivre une succession d’aventures burlesques et de rencontres cocasses, qui seront prétextes à des joutes oratoires et philosophiques retranscrites sous forme de dialogues entre les différents protagonistes.

Il y aura notamment le démon affamé qui assaille de questions les voyageurs sur le sens de la vie, comme autant d’énigmes à résoudre sous peine d’être mangés tout crus, le poète qui leur prescrit l’usage de la poésie comme remède aux maux de l’âme, le collecteur d’impôts qui développe sa théorie sur l’estimable privilège de s’acquitter de taxes, le professeur humoriste et psychanalyste avant l’heure qui croit au rire comme antidote à une psyché affaiblie…

 

Des études de droit à Cambridge

L’écrivain de langue tamoule Anantanarayanan (1907-1981) est l’auteur de contes soufis – dont quelques-uns ont été publiés dans la revue Europe en avril 2014 – et d’un unique roman, Le Pèlerinage d’argent, publié en 1961 et réédité aujourd’hui par Banyan – du nom de cet arbre emblématique de l’Inde aux racines profondes et à l’ombrage apaisant.

Fils d’un brahmane anticonformiste qui permit à ses huit enfants l’accès à l’instruction, Anantanarayanan put ainsi suivre des études de droit à Cambridge – fait rare à l’époque du Raj. Son séjour anglais fut pour lui l’occasion de dévorer une multitude de livres dans toutes sortes de domaines : religions, musique, poésie, médecine… autant de connaissances assimilées qui tissent le fil de ce roman et vont peu à peu amener le jeune prince sur le chemin d’une certaine guérison…

Laurence Péan

 ***

Recension Revue EUROPE n° 1063-1064 / novembre-décembre 2017

Anantanarayanan : Le Pèlerinage d’argent. Traduit de l’anglais (Inde) par Éric Auzoux (Éditions Banyan, 19,60 €).

Drôle de livre. A-t-on déjà vu un texte précédé de quatorze exergues allant du proverbe tamoul à Shakespeare et T.S. Eliot en passant par le merveilleux Livre de l’amour de Tiruvalluvar, grand poète de la langue tamoule ? Publié à New-York en 1961, ce livre extravagant d’érudition et d’ironie cruelle fait partie des anthologies de la fiction anglophone indienne, où il occupe une place à part. Le fabuleux récit commence avec la componction que prennent les pandits pour dispenser la bonne parole sous leurs parasols rapiécés, à Bénarès. Enfin, c’est ce qu’on croit. Car illico, ça couine. « En ce temps-là, cette partie du monde n’était pas dénaturée par des visages pâles, des automobiles, des usines cracheuses de fumée. »

Saluons pour commencer le caractère visionnaire de l’auteur, Anantanaryanan, disparu en 1981, bien avant que la capitale de l’Union indienne accède au rang incomparable de « ville la plus polluée du monde », et ne nous laissons pas abuser par un rejet des visages pâles qui fait un sort à William Shakespeare, comme on le verra. Donc un roi règne à Lanka — royaume qui fait tinter à toute oreille indienne l’épopée du Ramayana. Est-ce un « remake » ? Pas du tout. Ce roi du Lanka aux doigts courtauds est médiocre, méchant et très pieux. Son fils l’inquiète : le prince Jayasurya, beau comme le soleil, bien bâti, bien éduqué, excellent chasseur, n’est jamais triste. On avait beau lui préparer des nourritures truffées de philtres d’amour, rien n’ébranlait l’humeur du prince qui s’était constitué un joli zenana de princesses à qui il faisait bien l’amour. Le roi demanda à Tilaka, le meilleur ami de son fils, de bien vouloir le « psychanalyser » : non, je n’interprète pas, je cite. Or le prince insensible et rempli de gaîté en savait long sur l’œuvre du docteur Freud, comme le prouvent ses commentaires sur l’amour refoulé que « son vieux chnoque de père » portait à l’une de ses belles-filles, brusquement décédée. Le récit se dévoile : c’est du simili texte sacré, une sorte de narration inversée de la vie du Bouddha où l’envers vaut bien mieux que l’endroit.

Le roi consulte son médecin, qui prescrit de « l’essence de poudre de perle dans du miel » : raté, le remède agit comme un laxatif. Le prince attrape une pneumonie, il va mourir, mais non, il guérit et ressent son premier vrai plaisir en écoutant les cris joyeux de ses enfants, mais ça, tout le monde s’en fiche. En revanche, quand le prince s’éprend d’une gitane et prétend l’épouser, alors là, rien ne va plus. On explique au prince que c’est une traînée ; raté, le prince est tout content. Du coup, le roi va consulter le sage du coin, dont l’ermitage est au sommet d’un mont Ravana… Et le sage prescrit le pèlerinage d’argent : que le prince aille à « Kashi », c’est-à-dire la large enceinte sacrée d’un coin de terre béni par le dieu Shiva, et dont le nom donné par les visages pâles francophones est Bénarès. Bon, le voilà parti avec son ami Tilaka.

Un chef de pillards dont la fille rustaude tombe amoureuse du prince et se fait épouser, un roi terrible qui, comme Néron, veut chanter mais n’a pas de voix, un gourou disciple de Shiva, un gourou disciple de Vishnou qui, comme toujours dans les batailles théologiques, s’empaillent, s’insultent et tonitruent, et survient l’épisode du marchand-qui-ayant-beaucoup-voyagé-a-plein-d’histoires-à-raconter. Comment s’est-il retrouvé dans une froide contrée sans soleil dont les habitants ont des peaux blanches, les yeux bleus et les cheveux couleur de miel ? Cette description fait frémir le prince d’écœurement — on est donc en Europe. Où cela ? Mais dans un royaume dont le souverain a changé la religion pour épouser une femme qu’il a décapitée, en volant leurs richesses aux « temples ». Nous sommes à Londres.

Resté trois ans dans cette contrée de ploucs, le marchand est allé au théâtre. Une fois, pour voir l’histoire d’un prince fou qui veut venger son père, tué par son oncle devenu le mari de sa mère. Une seule question l’habite : « Dois-je me tuer ou ne le dois-je pas ?… Mourir est une sorte de sommeil. » Une autre fois, le marchand est retourné au théâtre pour assister à la triste histoire d’un chef de guerre jaloux de son roi et qui rencontre trois femmes astrologues — comment ça, des femmes astrologues ? cette seule idée suscite l’indignation des pèlerins. Elles le poussent à prendre la place de son roi, qu’il assassine. Et comment termine-t-il sa vie ? Avec des mots dénués de sens, dit le marchand qui les a mémorisés : « La vie est un acteur qui joue un rôle tout à fait mineur avant de disparaître derrière le rideau. » À vous de rétablir les textes originaux…

À l’ironie parfaite de ce simili texte sacré s’ajoute, vers la fin, de l’émotion et une grande beauté, comme dans une scène de nécromancie où Valli, la fille du pillard, morte du choléra, parle à son prince à travers les traits d’une vieille femme « exhalant des vapeurs diaboliques ». Et commence la beauté.

Le choléra n’est pas n’importe quelle maladie : outre que le prince s’occupe avec dévouement de sa mourante épouse si bonne cuisinière, il en tire des conséquences inattendues, à mille lieues des gourous, des brahmanes, des prêtres et des danseuses. Le choléra donne la clef du parcours initiatique d’un prince sain d’esprit, gourmand comme une chatte, amoureux quand il faut, un chef d’État modèle, pas crédule pour deux sous.

Catherine CLÉMENT