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Sujatha Gidla Des fourmis parmi les éléphants

Traduit de l’anglais par Maryse Prat

« Vital et éclairant » – ARUNDHATI ROY

Aux derniers jours de la domination britannique, l’espoir était grand pour les Intouchables en proie à une vie de misère et d’injustice. Mais l’indépendance n’a pas tenu ses promesses et n’a rien vraiment changé, ni pour eux, ni pour aucun laissé pour compte de l’Inde post-coloniale. Comment, alors, ne plus êtres des fourmis parmi les éléphants ? Comment ne pas se faire écraser ?

A travers le parcours hors-norme de sa famille, dont chaque membre aura désespérément tenté de mener une vie décente et de construire une société plus juste, Sujatha Gidla nous raconte les quatre-vingts dernières années de l’Inde, nous transporte, nous bouleverse, et nous transmet une incroyable énergie. Sa mère Manjula, prisonnière de sa condition féminine malgré ses diplômes, et son oncle Satyam, éminent révolutionnaire marxiste, resteront très longtemps dans nos mémoires.

 

 

  • ISBN ISBN : 979-10-96596-15-7
  • Dimensions du livre 14.5 x 21 cm
  • Nombre de pages 374 pages
  • Prix 19.00 
  • Date de parution 18/06/20
Auteur

Sujatha Gidla

Sujatha Gidla est née intouchable en 1963 dans l’Andhra Pradesh, en Inde. Elle a étudié la physique au Collège régional d'ingénieurs de Warangal et travaillé à Madras dans le domaine de la recherche spatiale. À 26 ans, elle part aux (...)
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Ils en parlent

Excellent livre que je viens de finir.
L’Inde comme on la connaît pas ou peu.
Instructif, sensible et très bien écrit.
Bruno Gazin

Dans la presse

Un livre dans ma valise

Laurence Péan – La Croix
(Jeudi 27 août 2020)

Au pays des réprouvés

Des années 1940 à nos jours, Sujatha Gidla retrace la vie d’une famille indienne d’intouchables, la sienne. Instruits mais maudits, ils se sont battus corps et âme pour se libérer de leurs chaînes, en vain…

Aboli lors de l’entrée en vigueur de la Constitution indienne le 26 janvier 1950, le système des castes reste encore largement de mise aujourd’hui, régissant l’ensemble de la société de ce pays-continent qui érige l’hindouisme en valeur suprême. Aucun Indien ne peut ainsi échapper à la caste au sein de laquelle sa nais- sance le lie et l’enferme. Au plus bas de l’échelle, les intouchables sont condamnés aux tâches « que la société hindoue considère comme répugnantes ». Cette vie de réprouvée, Sujatha Gidla l’a vécue au plus profond de son être, elle qui est née intouchable en 1963 dans l’État de l’Andhra Pradesh (sud de l’Inde) et qui plus est chrétienne, autre souillure indélébile.

Dans un récit sobre et saisissant de réalisme, elle déroule l’histoire de sa famille sur trois générations, une fa- mille instruite – ses grands-parents ont eu accès à l’éducation grâce aux missions chrétiennes – et soudée, qui s’est battue, par-delà la misère, les violences, les humiliations quotidiennes, avec l’énergie du désespoir pour tenter de mener une vie digne. Deux figures émergent de ce tableau sombre et l’illuminent : le farouche et attachant Satyam, son oncle marxiste qui jamais n’a renoncé à son idéal d’une société plus juste. Et Manjula, sa mère, une femme diplômée et entravée, une mère courageuse et bafouée.

Ce récit autobiographique saisissant se double d’un panorama politique de l’Inde des 80 dernières années : l’occupation britannique et les années Gandhi, l’implantation du communisme et les révoltes paysannes, l’instau- ration de quotas qui ont permis à ses parents de devenir professeurs, tout en restant des parias… Entremêlant son histoire à celle de son pays, Sujatha Gidla ne cesse au fond de sonder la notion d’identité dans une société qui dé- nie toute existence décente à près de 200 millions de ses membres. Alors c’est dans une autre démocratie, les États-Unis, où elle vit aujourd’hui, et tandis qu’elle y observe d’autres formes de racisme, notamment celui envers la communauté noire, que l’idée de ce livre lui est apparue comme une évidence. Raconter à visage découvert et sans honte « l’histoire vraie d’une famille d’intouchables révolutionnaires ».

 

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« Des fourmis parmi les éléphants » est un récit saisissant, touchant et éclairant. Il s’agit probablement de l’œuvre de non-fiction la plus frappante se déroulant en Inde depuis Behind the Beautiful Forevers de Katherine Boo, et il annonce l’arrivée d’un nouvel écrivain formidable ».
The Economist

 

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L’HUMANITÉ

Littérature

Muriel Steinmetz
(Mercredi, 15 Juillet, 2020)

Sujatha Gidla nous invite à cheminer dans les pas de quelques hors castes, dont sa mère et son oncle, qui ont poussé dans un bidonville à la périphérie d’un village indien interdit aux intouchables.

« DES FOURMIS PARMI LES ÉLÉPHANTS », LE ROMAN VÉCU DES « INTOUCHABLES »

Sujatha Gidla, dans un récit poignant, relate le calvaire social de sa famille, au plus bas niveau du système des castes indiennes, dans la soi-disant « plus grande démocratie du monde ».

Sujatha Gidla, originaire de l’Andhra Pradesh, est née intouchable, comme une personne sur six en Inde. Contrairement à la plupart des intouchables, sa famille, dans les années 1930, a été « éduquée » par des missionnaires canadiens. Ses parents sont devenus professeurs. Elle-même a pu suivre des études à l’université, en sortir ingénieure, se spécialiser dans la recherche spatiale, à Madras. Elle quitte l’Inde à 26 ans. « Je devais toujours, confie-t-elle dans un entretien , faire attention à mon statut de caste (…). Parfois, des Hindous de classe supérieure m’invitaient chez eux, mais je me sentais très mal, je pensais que je salissais leur maison et leurs assiettes. » Aujourd’hui, elle est chef de train dans le métro de New York.

L’oncle Satyam, infatigable révolutionnaire

Son récit, riche en péripéties poignantes, richement documenté, retrace l’histoire de sa famille depuis les derniers jours de la colonisation britannique. Sa syntaxe se plie avec bonheur à des rebondissements à foison. L’écriture crée des repères dans la mémoire du lecteur, afin qu’il puisse s’y retrouver. Arundhati Roy qualifie son texte de « vital et éclairant ». On y chemine dans les pas de quelques personnalités d’intouchables, qu’elle a réussi à interroger, lors de retours en Inde, avant qu’ils ne disparaissent. Il y a l’oncle Satyam, infatigable révolutionnaire. Lorsque Sujatha Gidla lui rend visite sur place, idole déchue, il lui parle quatre heures d’affilée. « On aurait dit Lénine dictant à ses camarades le programme de son parti. » À la fin, il lui remet une valise de documents : « Utilise-les à ta guise. » Son passé de membre fondateur d’un groupe de guérilla maoïste y est renfermé. Poète, figure politique charismatique, Satyam dit SM, né intouchable chrétien, s’est d’abord converti au communisme, dans le but de chasser les dirigeants britanniques et de renverser le système social. Devenu maoïste, il prône la lutte armée. Inapte à la vie domestique – on devait lui couper les ongles, il ne savait même pas se raser ! – il prend chair sous nos yeux. Le titre du livre fait référence à ce que Satyam ressent à l’université devant ses camarades de caste et de classe : « Il était une fourmi parmi les éléphants. Aucun autre étudiant ne souffrait comme lui de faim, de solitude et de honte. »

Les femmes, damnées des damnés

Autre figure majeure, la sœur, Manjula, brillante étudiante et mère de la narratrice. Elle et Satyam ont poussé sans mère dans un bidonville, à la périphérie d’un village interdit aux hors castes comme eux. Ils ont fait partie de la communauté des malas, serviteurs contraints aux basses besognes. Il y a pire : les madigas, préposés au ramassage des animaux morts, et les pakis, tout en bas de l’échelle, « ramasseurs de poubelles », euphémisme pour dire qu’ils charrient la merde humaine, vidée à la main dans les toilettes sèches si répandues en Inde. Pour outils, un balai, un plateau de fer blanc. Ils transportent les excréments sur la tête à des kilomètres à la ronde. « Dans certaines régions, on a remplacé ces paniers par des charrettes à bras – en Inde, c’est ce qu’on appelle un progrès. » La plupart de ces damnés sont des femmes, qui œuvrent sans gants.

Brimades brahmanes

Dans ce contexte effroyable grandissent les deux jeunes héros. Satyam se plonge dans la politique, devient un leader respecté, Manjula poursuit de belles études malgré mille obstacles. Lorsqu’elle dîne chez des amis de caste, elle doit passer par la porte de derrière. En classe, des enseignants la briment. Un professeur d’histoire, brahmane dogmatique, la harcèle : « Pourquoi continues-tu tes études ? » Il est des chapitres poignants comme l’évocation du mariage de Manjula, dans une maison en dur, au milieu d’un bidonville. En fin de journée, elle découvre que tout a été prêté par des voisins. « Un par un sous ses yeux, les meubles qui l’avaient tant impressionnée disparurent : les chaises sur lesquelles les invités s’étaient assis, et même le lit (…). À la fin, il ne resta même pas quatre assiettes. » ​​​​​​​La littérature est ici au service de la plus cruelle réalité.

 

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LIBÉRATION

Par Service Livres — 10 juillet 2020 à 17:06

Sujatha gidla

Des fourmis parmi les éléphants Traduit de l’anglais par Maryse Prat. Banyan, 361 pp., 19 €.

L’auteure, née intouchable chrétienne dans une ville de l’Andhra Pradesh, dans le sud de l’Inde, et émigrée aux États-Unis, a décidé de se pencher sur la vie de ses ancêtres, en particulier en interrogeant un de ses oncles, K. G. Satyamurthy, un des principaux fondateurs d’un groupe de guérilla maoïste créé dans les années 70. Ce récit, qui débute dans les années 30 et court jusqu’en 2012, relate son enfance à lui et à sa fratrie, la pauvreté, l’engagement, l’espoir qu’a représenté l’indépendance pour les intouchables, la lutte contre l’injustice et les arrestations. «Ici, aux États-Unis, lorsque les gens me demandent ce qu’être intouchable signifie, je leur explique que la discrimination basée sur les castes est l’équivalent du racisme envers les noirs.» Un témoignage passionnant, publié par les Éditions Banyan, exclusivement dédiées à l’Inde et qui ont été créées en 2015 par David Aimé.

Sur le net

Véronique Atasi – Inde en livres
Publié le 24 septembre 2020

La pauvreté n’avait rien de nouveau pour lui. Il avait été pauvre toute sa vie. Toutefois, à Slatter Peta, la différence entre sa famille et les autres membres des malas était minime. Tous étaient des fourmis. Peu importait que l’un soit un peu plus grand que l’autre. Ici, à l’université, Satyam était une fourmi parmi les éléphants. Aucun autre étudiant ne souffrait comme lui de faim, de solitude et de honte. [Page 39]

En Inde, l’histoire de la famille de Sujatha Gidla pourrait être ordinaire. Pourtant, elle est loin de l’être.

La famille de Sujatha est chrétienne depuis à peine quatre générations. Ses ancêtres venaient d’une tribu et étaient cueilleurs-chasseurs. Habitant dans ce que fut alors encore une forêt, ils vénéraient leurs propres déesses tribales. Après la destruction de leur environnement, ils devinrent d’abord sédentaires et en même temps des hors-castes puis, furent convertis au christianisme par des missionnaires. L’avantage d’avoir été chrétien au temps du Raj, malgré le statut d’intouchable, c’est que cela donnait droit à l’accès à l’éducation. Le grand-père maternel de Sujatha fut le premier de la famille à entrer à l’école et devient même instituteur, tout comme la femme qui devint son épouse. Malgré son extrême pauvreté, leurs trois enfants, dont la mère de Sujatha, purent ainsi aller à leur tour à l’école et même à l’université.

Même si cette introduction permet déjà de déceler que le récit de Sujatha Gilda dans « Des fourmis parmi les éléphants » est extraordinaire, ce qui suit l’ai encore plus. En effet, Sujatha Gilda, en voulant connaître l’origine de la chrétienté de sa famille, mit la main sur une histoire bien plus intéressante. Elle découvrit que son esprit révolutionnaire lui provient de son oncle maternel, K.G. Satyamurthy. Ce dernier avait été, dès son plus jeune âge, un révolutionnaire dans l’âme, mais également poète. Étant un des principaux fondateurs d’un groupe de guérilla maoïste et étant désigné par le gouvernement comme une principale menace pour la sécurité intérieure de l’Inde, il vivait depuis les années 1970 caché. Sujatha Gilda, en accord avec sa mère, décida alors de prendre contact avec cet oncle surnommé « SM » mais également les membres encore vivants de sa famille, afin de raconter leur incroyable histoire. Malgré de nombreuses péripéties et le facteur temps qui lui joua des tours, elle pu recueillir leur témoignage et écrire cet ouvrage plus qu’intéressant.

Dans « Des fourmis parmi les éléphants », Sujatha Gilda nous livre donc le récit de la vie de K.G. Satyamurthy ainsi que celui des autres membres de sa famille. Mais ce récit, apporte bien plus à son lecteur. Il lui fait découvrir l’histoire de l’Inde, et précisément celle des États de l’Andhra Pradesh et du Telangana (dans le centre est du pays), des dernières années du Raj Britannique jusqu’au début des années 1970, avec quelques anecdotes antérieures et postérieures.

Ce récit aborde également les difficultés rencontrées par les intouchables éduqués dans les premiers trois quarts du 20ème siècle, accentué par le fait d’être en plus chrétien. Les sujets des maoïstes et des communistes ont été déjà relatés dans plusieurs romans indiens ou récits. Pourtant l’histoire de la famille de Sujatha Gidla, apporte une nouvelle approche de ces sujets. « Des fourmis parmi les éléphants – L’histoire vraie d’une famille d’intouchables révolutionnaires » est un véritable ouvrage de documentation. L’histoire rapportée par Sujatha Gidla est passionnante, magnifiquement bien contée et y est concentrée plus d’informations que vous pourriez en trouver ailleurs. « Des fourmis parmi les éléphants » est incontestablement le livre à lire et à faire lire, afin que chacun puisse découvrir, la vraie histoire contemporaine de l’Inde.

C’est ainsi que le Deccan passa sous la coupe de démons. Sous la triple attaque de la police, de l’armée et des Razakars, le Telangana se transforma en camp de la mort, en cimetière, en pays fantôme.

Néanmoins, les pays continuaient à lutter.

Ils voulaient la liberté, des terres et la dignité.

Tous, touchables et intouchables, musulmans et hindous, hommes et femmes, jeunes et vieux.

Avec des bâtons, des lance-pierres, des pots de piments et autant d’armes à feu qu’ils pouvaient en voler, ils se battaient. En août 1948, la révolte s’était étendue à plus de trois cents villages.

Un dragon rouge se frayait un chemin dans le royaume du Nizâm. [Page 58]

 

https://www.inde-en-livres.fr/post/des-fourmis-parmi-les-éléphants-de-sujatha-gidla

 

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L’histoire de Sujatha Gidla

« La première fois que j’ai su que j’étais inférieur, j’avais probablement dix-huit mois. Je savais que nous étions intouchables ».
— L’histoire de Sujatha Gidla, telle que racontée au HuffPost Perspectives.

https://www.saada.org/story/sujatha-gidla

 

Sujatha Gidla est née en 1964 dans l’Andhra Pradesh, en Inde, dans la caste des Dalits ou « Intouchables », descendants des premiers habitants de l’Inde. Elle a étudié la physique au Regional Engineering College de Warangal et a ensuite travaillé comme chercheuse à l’Indian Institute of Technology de Madras. À l’âge de 26 ans, elle s’est installée aux États-Unis. Après avoir travaillé dans une banque, elle a accepté en 2009 un emploi dans le métro de New York et est devenue la première femme indienne chef de train dans l’un des systèmes de transport public les plus fréquentés au monde, métier qu’elle exerce toujours aujourd’hui.

 

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Le récit de Sujatha Gidla, « Des fourmis parmi les éléphants » est celui de sa propre famille. Bien que la plupart des Intouchables en Inde soient analphabètes, la famille de Sujatha Gidla, qui appartient à la caste Mala, a reçu l’enseignement de missionnaires canadiens dans les années 1930. Ces circonstances ont permis à ses parents de faire des études supérieures, sans toutefois les libérer du mépris et des discriminations inhérentes à leur caste, ce qui a amené Sujatha Gidla à réfléchir sur la relation entre religion, caste et statut social. Après avoir déménagé aux États-Unis, le regard d’une autre civilisation lui a permis de comprendre plus profondément sa propre histoire familiale, tout à la fois typique et extraordinaire. Ses recherches en Inde lui ont permis de retracer l’histoire de ses parents, en particulier le passé de sa mère, de ses grands-parents et d’un oncle maoïste qui espérait qu’une révolution mettrait fin à l’humiliation de caste. Selon le New York Times, « ce livre non sentimental et profondément poignant donne aux lecteurs une compréhension troublante et viscérale de la façon dont la discrimination, la ségrégation et les stéréotypes ont perduré tout au long de la seconde moitié du XXe siècle et encore aujourd’hui ».
Festival de littérature internationale de Berlin