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Jerry Pinto Meurtres à Mahim

Traduit de l’anglais (Inde) par Patrice Ghirardi

NOUVEAUTÉ

Un jeune homme est retrouvé mort, éventré et amputé d’un rein, dans les toilettes publiques d’une gare de la proche banlieue de Bombay où il était venu chercher des relations homosexuelles. Alors que d’autres corps sont retrouvés, un journaliste à la retraite, Peter Fernandes, vient en aide à l’inspecteur Shiva Jende pour retrouver le meurtrier…

Avec Meurtres à Mahim, Jerry Pinto nous entraîne au cœur de « La Scène », milieu gay underground de Bombay dont même ses deux protagonistes ne soupçonnaient pas l’existence. Il creuse ainsi un thème rarement abordé dans la littérature indienne.
Comme dans ses livres précédents, Pinto brille aussi à décrire une métropole qui ne ressemble décidément à aucune autre au monde, à dessiner – souvent avec humour – une galerie de personnages atypiques et attachants et, finalement, à nous parler d’amour. L’amour qui se cache et émerge des poches de crasse, de tristesse et de désespérance.

  • ISBN 979-10-96596-13-3
  • Dimensions du livre 13 x 20.5 cm
  • Nombre de pages 230 pages
  • Prix 17.50 
  • Date de parution 04/03/21
Auteur

Jerry Pinto

Jerry Pinto est l'auteur de « Nous l’appelions Em » (Actes Sud / 2015) - lauréat en 2013 du Hindu Literary Prize, du Crossword Book Award for Fiction et, en 2016, du Sahitya Akademi Award (l’équivalent indien du Goncourt). Jerry Pinto a (...)
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Sur le net

« Une histoire fascinante… Bienvenue dans la mégalopole que le romancier connaît comme sa poche ! C’est un régal d’être pris par la main à travers un labyrinthe palpitant de meurtres mystérieux, tout en explorant les relations familiales et amicales.
– Ganesh Saili, The New Indian Express

« Pinto décrit la ville avec la sobriété d’un poète. On sent la crasse des quais de chemin de fer, les embouteillages, tous les types de quartiers et de maisons… C’est un livre que l’on peut terminer rapidement – pour ensuite y revenir et le savourer à loisir, une qualité que peu de romans policiers possèdent. »
– Peter Griffin, The Hindu

Le roman policier de Pinto tient en haleine, tout en peignant les dessous de la sexualité gay en Inde, les questions de classe et de caste, et la vie des travailleurs du sexe… On peut lire Meurtres à Mahim comme un roman noir qui ne peut se dérouler qu’à Bombay… ou comme une étude déchirante et approfondie sur tous ceux que les sombres fissures de la ville aspirent puis recrachent. Aux meilleurs passages, le roman peut être lu et apprécié comme un mélange puissant et habile de ces deux lectures. »
– Shreya Ila Anasuya, The Wire

 

***

 

La Cause Littéraire
Patrick Abraham
| Mai 2021

On peut lire Meurtres à Mahim, le deuxième roman de Jerry Pinto à être traduit en français après Nous l’appelions Em (Actes Sud, Lettres indiennes, 2015), comme un polar particulièrement bien ficelé : qui a tué Lachhman S. Parthusta, alias « Proxy », jeune homme d’une vingtaine d’années dont on a retrouvé le corps poignardé et mutilé (un rein grossièrement prélevé) près des urinoirs publics de la gare de Matunga, dans une banlieue de Bombay ? Est-ce un assassinat homophobe, un règlement de compte, une vengeance, une affaire de trafic d’organes ? Peter Fernandes, journaliste d’investigation à la retraite, avec l’aide de l’inspecteur de police Shiva Jende, un camarade d’études, va mener l’enquête. Rebondissements, fausses pistes, faux suicide, nouveaux meurtres, dénouement à la fois surprenant et prévisible tiendront en haleine jusqu’à l’ultime page selon les conventions du genre.

On peut lire Meurtres à Mahim comme l’histoire d’une crise personnelle : Peter Fernandes, à cinquante-trois ans, vient d’apprendre que son fils unique, Sunil, de l’âge de « Proxy », activiste engagé dans diverses causes humanitaires, est sans doute gay lui-même. Pour un intellectuel aux idées larges comme lui, le choc est pourtant rude – et d’autant plus que le nom et le numéro de Sunil figurent sur le téléphone portable de la victime. Son enquête, forcément, ne ressemblera pas aux autres.
On peut lire Meurtres à Mahim comme un récit poétique où la nuit suspend le jour. Le jour : la capitale de l’Etat du Maharashtra telle qu’elle se voit ou voudrait qu’on la voie, peut-être ; la nuit : les lieux de drague (les urinoirs de la gare de Matunga, on l’a noté, mais aussi le quai n°1 de la gare de Bandra, les allées obscures du parc Shivaji et d’Oval Maidan, etc., ces repères permettant de tracer une espèce de parcours urbain secret recouvrant peu les itinéraires obligatoires) à une époque où un article du Code pénal criminalise encore fellation et sodomie (le sinistre paragraphe Section 377, héritage de l’ère victorienne, aboli et déclaré inconstitutionnel en septembre 2018 seulement) et favorise les chantages de la police : on apprend vite, d’ailleurs, que « Proxy » servait d’appât pour les agissements lucratifs de deux flics sans scrupules, Pagmat et Durra, ce qui leur coûtera cher.
On peut lire Meurtres à Mahim comme un hommage rendu aux invisibles, aux minoritaires du désir dans une société puritaine et conservatrice où chaque mère de famille a l’impression que l’univers s’écroule autour d’elle si elle découvre qu’un fils pourrait ne pas se marier et ne pas lui donner de petits-enfants : le comportement de Millie, l’épouse de Peter Fernandes, dans le dernier chapitre, suite aux confidences de Sunil, sera en ce sens aussi imprévu qu’exemplaire.
On peut lire Meurtres à Mahim comme une dérive captivante à travers l’énorme agglomération bombayenne, mégapole-monde aux violents contrastes comme Calcutta et Delhi mais superlativement* – non le Bombay de Malabar Hill, de la modernité clinquante, du Taj Mahal Palace et des superproductions de Bollywood, mais celui des quartiers pauvres, des trains bondés, des chawls, ces immeubles déglingués avec toilettes et cuisine communes obligeant les jeunes garçons, chaque matin, à aller se soulager et se laver dans la rue, et des rôdeurs nocturnes.
On peut lire Meurtres à Mahim comme une sorte de virée lexicale puisque plusieurs expressions hindi et marathi agrémentent et singularisent la narration : gandugiri, commerce sexuel tarifé (terme très méprisant) ; dishoom-dishoom, coups de feu ; khachack-khachack, coups de couteau ; ay darpok, hé trouillard ; ab teri baari, tu seras le prochain ; kya bataoon, comment dire, etc. Le goût des mots même les plus crus dans leur étrangèreté participe au « plaisir du texte ».
Rares sont les œuvres littéraires du sous-continent à présenter des intrigues et personnages gays. R. Raj Rao a été l’un des premiers avec The Boyfriend en 2003 (une belle réussite, également) dont l’action se situait déjà à Bombay et qui a connu un relatif succès international (traduction française médiocre sous le même titre au Cherche-Midi). Jerry Pinto a donc fait preuve d’un courage militant certain en publiant ce polar. Né en 1966, originaire de Goa et de culture catholique comme Peter Fernandes, on suppose qu’il y a mis beaucoup de lui-même. Les amateurs de thrillers ainsi que les amoureux de l’Inde, de l’Inde réelle, parfois brutale mais toujours, à sa façon, fascinante dans sa diversité inépuisable, lui en sauront gré.

 

En Attendant Nadeau
Claude Grimal
| Juin 2021

 

Du côté indien, avec autant de gentillesse de propos que dans Psychiko, voici Meurtres à Mahim de Jerry Pinto, un roman situé, lui, dans le monde d’aujourd’hui. Les meurtres du livre sont perpétrés dans les milieux de l’homosexualité et de la prostitution masculines à Bombay. Le traitement de tout cela est fait avec bonhomie, ce qui n’était pas donné, grâce à des personnages sympathiques et une intrigue tranquille. En plus de nous faire participer à la vie des classes moyennes en Inde, le livre est un plaidoyer contre certaines pénalisations criminogènes. En effet, Meurtres à Nahim montre les effets de la « Section 377 » du Code pénal indien condamnant les « actes contre nature » (ce texte fut aboli en 2018, mais le roman se déroule avant cette date). Cette section, plongeant les homosexuels dans une quasi-clandestinité, les rendait régulièrement victimes de chantage et d’extorsion, pratiques dans lesquelles étaient passés maîtres des policiers désireux de compléter leurs salaires.

 

POLARS URBAINS
Jean-Paul Martin
| Mars 2021

Jerry Pinto est un écrivain indien originaire de Goa (comme l’un des protagonistes de Meurtres à Mahim) reconnu dans son pays. Son deuxième roman traduit en français commence par un crime sordide dans un lieu sordide : un homme est découvert mort dans les latrines publiques de la gare de Matunga, dans le quartier de Mahim, à Bombay, lieu de rencontres homosexuelles clandestines. Non seulement la victime était gay mais son meurtrier lui a prélevé un rein. Un double mystère pour l’inspecteur Shiva Jende qui sollicite l’aide de son ami d’enfance Peter Fernandes, journaliste en rupture de journal.

L’enquête va de révélations en rebondissement. Vivant dans la crainte permanente de tomber sous le coup de l’article « Section 377 » du Code pénal criminalisant l’homosexualité, la communauté gay de Bombay vit dans une quasi-clandestinité et est régulièrement victime de prédateurs se livrant au chantage et à l’extorsion de fortes sommes. Une pratique privilégiée par certains policiers qui abusent de leur position pour compléter grassement leurs salaires. Tout se complique quand le premier assassinat est suivi d’autres événements tragiques : le meurtre appelle la vengeance qui, à son tour, est responsables de nouvelles morts.

« – Amon avis, tu ne sauras jamais qui a assassiné ce garçon. Tout le monde s’en fout d’un mec pareil. Qui accepterait de faire un boulot aussi dégueulasse ! Rester dans les chiottes à exhiber sa bite en public pour tendre un piège à de pauvres homos… Tu sais comment ils les appellent, à New York, ces vendus ? Les Dirty Gays, les gays pourris. Il le faisait sans doute parce qu’il n’était pas foutu de trouver un autre boulot. Il devait être pauvre. Dans ce pays, quand un miséreux crève, qui s’en préoccupe ? »

Meurtres à Mahim est un roman policier classique mais efficace, réaliste sans jamais tomber dans la complaisance ou le sordide. Jende et Fernandes mènent leur enquête avec rigueur, privilégiant les interrogatoires de témoins et le travail sur le terrain, au prix de visites nocturnes autour de la gare de Matunga chez les adeptes du cottaging. Le duo fonctionne bien et est tout à fait convaincant. Sans aller jusqu’à parler d’empathie, le policier comme l’ex-journaliste n’ont pas d’idées reçues sur un milieu qu’ils vont progressivement découvrir, même si Peter et son épouse Millie se posent des questions quant à la possible homosexualité de leur fils unique Sunil.

On adhère donc facilement à cette plongée dans la communauté gay et à une histoire de double vengeance qui ressemble à « une tragédie grecque qui se déroulerait dans les toilettes publiques de Bombay ». L’environnement est largement pris en compte et Jerry Pinto ne fait pas l’impasse sur les conditions de vie dans une ville de dix-huit millions d’habitants, où la promiscuité empêche toute intimité et conduit les plus vulnérables à commettre l’irréparable quand ils ne peuvent atteindre la vie meilleure et l’ailleurs dont ils rêvent. Avec ce premier polar, très réussi, les éditions Banyan confirment leur position dans la diffusion en France de la littérature indienne classique et contemporaine.

 

ZIBELINE
Maryvonne Colombani
| Mars 2021

Les éditions Banyan, spécialisées dans la diffusion en France de la littérature indienne classique et contemporaine, font un pari réussi avec la publication du premier polar de leur catalogue : Meurtres à Mahim de Jerry Pinto, dans une traduction de Patrice Ghirardi. Meurtres, milieux interlopes, fausses pistes, s’enchaînent en un rythme soutenu. Tout commence par un crime abject dans les latrines publiques de la gare de Matunga dans le quartier de Mahim à Bombay. C’est là qu’ont lieu des rencontres homosexuelles clandestines. En effet, dans la deuxième décade du XXIe siècle, le code pénal indien criminalise encore l’homosexualité par l’article « Section 377 » (annulée par la Haute Cour de Delhi en 2009, la loi fut invalidée quatre ans plus tard par la Cour suprême. Il faudra attendre le 6 septembre 2018 pour que la « Section 377 » soit décrétée par cette même cour inconstitutionnelle, précise l’éditeur). En une écriture précise et puissante, les portraits sont brossés avec finesse, les nombreux personnages prennent une épaisseur humaine qui donne corps et relief à la narration.

« Bombay dédaigne la nuit » affirme l’incipit, et pourtant, dans cette orgie de lumières, se trament calculs sordides, vengeances. La clandestinité imposée à la communauté gay profite à certains policiers qui, usant de leurs prérogatives, complètent indécemment leurs piètres salaires. Une fresque sociale se dessine, évoque les conditions indignes dans lesquelles vivote une population pauvre : comme certains immeubles ne disposent que d’un lieu d’aisance, les enfants sont expédiés dehors pour faire leurs besoins. L’irréparable s’accomplit, nourri des rêves déçus de personnes qui voient que toute amélioration de leur sort leur est interdite. On suit l’inspecteur Shiva Jende et son ami d’enfance le journaliste à la retraite Peter Fernandes dans une enquête aux multiples rebondissements, un meurtre semblant en appeler un autre. Dans ce contexte, on voit Peter et son épouse Millie s’interroger sur la possible homosexualité de leur fils unique Sunil… Un roman polymorphe, sensible et non dénué d’humour, qu’on ne lâche pas une fois commencé.

 

ASIALYST
Patrick de Jacquelot
| Mars 2021

Le Bombay gay à la sauce polar
Jerry Pinto emprunte les habits du polar pour décrire dans Meurtres à Mahim le sort misérable des homosexuels indiens. Ils étaient considérés comme criminels voici quelques années encore.
 
Un pur polar made in India, voilà qui n’est pas si fréquent. D’où l’intérêt suscité par la publication de Meurtres à Mahim. L’auteur, Jerry Pinto, est un écrivain et journaliste originaire de la communauté catholique de Goa et vivant à Bombay. Autant d’éléments que l’on retrouve dans ce roman, qui se déroule dans le quartier de la métropole où vit Pinto et fait apparaître des membres de sa communauté.
En tant que polar, à vrai dire, Meurtres à Mahim se révèle de facture très classique. Le corps d’un jeune homme est retrouvé dans des toilettes publiques de la gare de Mahim, un quartier central de Bombay. L’homme a été éventré et un rein lui a été prélevé. L’enquête est menée par l’inspecteur Shiva Jende qui se fait aider par un ami d’enfance, le journaliste à la retraite Peter Fernandes. C’est du point de vue de ce dernier qu’est racontée l’histoire.
Le premier meurtre, bien évidemment, est suivi d’autres. Quelques fausses pistes se présentent : un autre homme que tout désignait comme l’assassin est tué à son tour avant que l’un des personnages croisés précédemment se révèle être le vrai coupable. Rien que de très classique, comme on le disait, dans la construction de ce polar qui ne révolutionne pas le genre.
L’intérêt du livre est ailleurs : les meurtres se déroulent au sein de la communauté homosexuelle de Bombay dont le livre offre, du coup, un portrait assez détaillé. Ce qui n’est pas fréquent, même si l’on peut citer un autre intéressant roman, très différent, se passant lui aussi dans les milieux homosexuels de la capitale du Maharashtra : Bollywood Apocalypse de Manil Suri, paru chez Albin Michel en 2014.
Le tableau ainsi brossé de cette communauté n’est, on s’en doute, pas réjouissant. Avant même que le premier meurtre ne donne le coup d’envoi du polar proprement dit, la toile de fond est posée grâce à un incident : le fils de Peter Fernandes, Sunil, apparaît dans une photo du journal local en train de manifester contre la loi réprimant l’homosexualité en Inde. Avec une légende le présentant comme « L’activiste gay Sunil Fernandes ». Ce qui plonge Peter et son épouse Millie dans un profond désarroi : doivent-ils comprendre que leur fils, grand militant des causes sociales, soutient simplement la cause gay ou bien qu’il est lui même homosexuel ? Le couple a beau se vouloir plutôt libéral, une telle révélation constituerait un sacré choc…
MÉCANISME DE LA VENGEANCE
L’affaire permet en tout cas à Jerry Pinto de rappeler le contexte qui prévalait au début des années 2010. L’article historique du Code pénal indien criminalisant l’homosexualité avait alors été abrogé par la Haute Cour de Delhi, avant que cette décision ne soit elle-même annulée par la Cour suprême. L’affaire a été réglée définitivement en 2018 par la même Cour suprême qui a finalement jugé cet article inconstitutionnel, comme le rappelle une note de l’éditeur à la fin du livre.
À l’époque du récit, les Indiens gays vivent en tout cas dans l’illégalité, à Bombay comme partout en Inde. Toute manifestation publique d’homosexualité peut susciter violence, arrestation et emprisonnement. Les gays n’ont donc d’autres ressources que les rencontres furtives et clandestines, le plus souvent dans des lieux sordides comme les toilettes publiques. Un personnage du roman le fait remarquer : ces endroits sont en général tellement infâmes qu’il faut une motivation puissante, comme l’espoir d’y faire une rencontre, pour s’y rendre.
Le stigmate social de l’homosexualité et l’illégalité de sa pratique font en outre de ses adeptes des proies faciles. Un élément central de l’intrigue de Meurtres à Mahim repose ainsi sur une pratique policière connue : un jeune gay est utilisé comme appât, un homosexuel est pris en flagrant délit et devient le proie d’un chantage de la part des policiers. Dans le roman, c’est l’avidité sans limite de ces policiers corrompus qui pousse toute une famille à la ruine et enclenche le mécanisme infernal de la violence et de la vengeance.
Avec sa galerie de personnages hauts en couleurs, le roman dresse aussi le portrait d’une des villes les plus attachantes d’Inde, en décrivant des lieux et des communautés dont le visiteur occasionnel ne peut soupçonner l’existence.




INDES EN LIVRES
Véronique Atasi
| Mars 2021

 

Peter se sent plus détendu à présent qu’il se retrouve en terrain familier, avec son ami d’antan, du côté de la loi, sur le même pied d’égalité qu’auparavant. Mais, malgré son soulagement, il sait que ce n’est plus vraiment le cas. Ils ne seront plus jamais sur le même pied d’égalité. Il n’oubliera pas de sitôt le visage sans expression et la voix distante du flic professionnel. Jende lui a caché que Sunil n’était plus suspect sans doute pour lui arracher un maximum d’informations. L’amitié ne pèse pas lourd dans une affaire de meurtre. [Page 104]

Peter Fernandes est un journaliste bombayite à la retraite. Alors qu’il se demande où, une fois de plus, son fils unique Sunil a pu bien disparaître pour mener à bien ses improbables missions plus ou moins humanitaires, son ami, l’inspecteur Jende du commissariat de police de Mahim le contacte afin qu’il le rejoigne immédiatement sur une scène de crime.

Un jeune homme a été retrouvé sauvagement assassiné et amputé d’un rein dans les latrines situées sous la passerelle de la gare de Matunga dans le quartier de Mahim. Ce lieu, ouvert aux quatre vents, est, la nuit, un lieu idéal pour les trafics en tous genres et les rendez-vous clandestins entre hommes.

Les deux amis ont pour objectif de résoudre cette affaire criminelle des plus sordides. Cette enquête les mènera dans le milieu gay underground de la ville mais ils découvriront très rapidement que derrière ce meurtre se cache une affaire bien plus complexe qu’elle n’y paraît où des policiers sont incriminés.

Bombay dédaigne la nuit. Lorsque l’astre du jour sombre dans l’océan, l’obscurité n’en profite pas pour autant. Ses tentatives d’engloutir la cité sont tenues en échec par les myriades de néons qui, le soir venu, s’allument en clignotant, et par les torchères de gaz naturel de la zone portuaire, dans les lueurs blafardes illuminent les flancs de colline que les enfants appellent la « tombe du géant ». Quand tombe le crépuscule, seuls quelques recoins isolés sont gagnés par les ténèbres. [Page 1]

Avec Meurtres à Mahim, Jerry Pinto nous transporte une nouvelle fois à Bombay/Mumbai mais dans une toute autre ambiance. Il nous ouvre les portes du milieu gay underground de la ville à travers un polar, audacieux et parfaitement bien réalisé.

Porté par l’article du Code pénal indien « Section 377 » qui criminalisait l’homosexualité (et qui a été jugé inconstitutionnelle en 2018), Jerry Pinto a fait des relations entre hommes un thème central de son polar. La notion de genre est également abordé, la corruption véritable plaie indienne y est très présente et Bombay oblige, la diversité culturelle est largement représentée … Le protagoniste, qui se nomme Peter, est un gentil journaliste qui, en voulant résoudre ce meurtre, découvre le monde où évolue son fils et un autre membre de sa famille, Leslie. Son ami l’inspecteur Jende est le policier modèle, d’une espèce rare, car il n’est pas corrompu contrairement aux autres policiers de ce polar, qui trempent dans l’extorsion de fonds, dans la prostitution, le trafic, le chantage, … Les deux amis d’enfance se doivent de résoudre non pas un crime mais plusieurs. Ils iront de surprise en surprise, tout comme le lecteur car la vérité n’est pas toujours là où on l’attend.

Meurtres à Mahim nous offre à découvrir une nouvelle facette de Bombay, une ville qui ne cesse jamais d’inspirer les auteurs. En plus d’un excellent polar, très prenant, Jerry Pinto nous offre à découvrir un large éventail de personnages aux origines diverses et de statuts différents. Le langage utilisé par Jerry Pinto peut paraître de temps en temps cru, mais est en parfaite adéquation avec les personnages qu’il met en scène. Avec « Meurtres à Mahim », Jerry Pinto fait nous transporte dans de nombreux quartiers de la mégalopole de Bombay/Mumbai et nous fait comprendre qu’elle est une ville unique. Meurtres à Mahim est un polar à lire et dans lequel Jerry Pinto nous démontre une fois de plus, ses talents d’écrivain.

 

PASSION POLAR
| Mars 2021

« Bombay dédaigne la nuit.
Lorsque l’astre du jour sombre dans l’océan, l’obscurité n’en profite pas pour autant. Ses tentatives d’engloutir la cité sont tenues en échec par les myriades de néons qui, le soir venu, s’allument en clignotant, et par les torchères de gaz naturel de la zone portuaire, dont les lueurs blafardes illuminent les flanc de la colline que les enfants appellent  » la tombe du géant ». Quand tombe le crépuscule, seuls quelques recoins isolés sont gagnés par les ténèbres. »

La chronique de ce ouvrage est un petit évènement pour Passion Polar. C’est en effet la première fois depuis dix que ce site existe, que j’ai le plaisir de lire, et donc de chroniquer, un roman indien !

L’occasion aussi de découvrir un éditeur que je ne connaissais pas jusqu’ici, les éditions Banyan, qui semblent se spécialiser dans la littérature de ce sous-continent.

Bombay. Peter Fernandes, journaliste à la retraite est appelé sur une scène de crime par son ami l’inspecteur Shiva Jende.

Dans les latrines d’une gare de la proche banlieue de la ville, le corps sans vie d’un homme a été retrouvé éventré. Un de ses reins a été prélevé.

Le garçon est un jeune homosexuel venu chercher le plaisir d’un soir dans ce lieu sordide puant la pisse et le sexe.

Car à cause d’une législation coercitive qui fait de l’homosexualité un délit, les gays de Bombay sont obligés de vivre dans la clandestinité et de se retrouver dans ces endroits isolés et glauques, au risque d’y faire de mauvaises rencontres.

 

 

C’est sans doute ce qui est arrivé à ce jeune, même si le fait qu’on lui ait prélevé un organe interpelle les deux amis, qui vont se lancer dans une enquête qui ne manquera ni de rebondissements ni de chausse-trappes.

Bien sûr, ce sera une plongée dans le milieu underground et gay de la ville de Bombay à laquelle va nous inviter l’auteur.

Pour autant, l’affaire va s’avérer beaucoup plus complexe que çà. À l’idée que la victime se serait trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, que le hasard aurait vraiment mal fait les choses, va se substituer peu à peu un tout autre scénario que mettront à jour les deux complices. Une histoire qui va mêler racket et vengeance et où les morts vont s’accumuler.

Meurtres à Mahim est d’une construction tout ce qu’il y a de plus classique. C’est peut-être la première surprise de ce livre. Ce n’est donc pas là qu’il faut trouver l’originalité de ce roman indien.

C’est davantage dans la fresque sociétale que dépeint Jerry Pinto qu’il faut aller la chercher.

Car l’enquête se situe à une époque où l’homosexualité était encore criminalisée en inde, fragilisant de fait toute une frange de la population qui se retrouvait sans défense face aux abus, à la violence ordinaire, ou au chantage de la police.

La place de l’homosexualité dans la société indienne est prégnante au fil des pages.

Peter Fernandes, le journaliste à la retraite s’interroge sur son propre fils. Celui-ci disparaitra un temps alors qu’au même moment la presse le présente comme un activiste gay.

Pire, on retrouvera son numéro de portable dans le téléphone de la victime ce qui questionnera sur son implication dans cette affaire criminelle.

C’est aussi la peinture d’une société où les plus faibles et les plus démunis souffrent et s’entassent dans des immeubles aux logements insalubres, où la promiscuité et le manque de sanitaire occasionnent des scènes surréalistes, et où la pauvreté les pousse parfois à des choix dramatiques.

Au passage, l’auteur n’oublie pas de pointer la corruption qui gangrène toutes les strates de la société indienne, à commencer par la police où nombre de ses fonctionnaires n’hésitent pas pour arrondir leur fin de mois, à se livrer au chantage à travers de coups montés, où de jeunes gays servent quelques fois d’appât.

« Meurtres à Mahim » est un roman plaisant à lire. Classique dans sa construction donc, mais qui donne à voir un pays que nous découvrons au fil de ces quelques pages, à la suite de ce duo d’enquêteurs qui mènera son enquête de manière minutieuse pour faire éclater la vérité.

Un duo improbable bien difficile à imaginer en occident, tant l’ancien journaliste aura accès aux scènes et aux éléments de l’enquête comme s’il était lui-même inspecteur. Mais c’est aussi cette particularité qui va donner le sel à ce binôme original.

Meurtres à Mahim marque donc ma première incursion dans la littérature de ce pays-monde. Un univers surprenant, déconcertant par bien des aspects, mais qui souligne aussi bien des points commun avec les travers de nos sociétés occidentales.

Une première expérience qui j’espère, grâce aux éditions Banyan, en appellera d’ autres tant j’aurai pris plaisir à découvrir ce premier auteur indien.